Exposer André Nouyrit, au cœur de la Bouriane, à Goujounac, cette ancienne bourgade célèbre au Moyen-Âge pour ses ferronniers, voilà qui a du sens. André Nouyrit est un artiste qui s ‘épanouit dans les retraites discrètes. À ses dépens matériels souvent, il a fui avec constance les projecteurs de la notoriété des salons parisiens pour approfondir sa création et sa sensibilité aux mystères de la vie et de la nature. En marge des autoroutes tracées par les pilotes automatiques de l’art contemporain, il a creusé son sillon et tracé sa voie. Sa peinture, sa sculpture, ses œuvres, originales, denses et fortes, ne doivent qu’à son travail.

 

Né à Cahors en 1940, André Nouyrit entre en 1958 aux Beaux-Arts à Paris. Il côtoie les maîtres et les avant-garde  avant de revenir se fixer en 1976 à Aujols. Là, sur le Causse sévère et rugueux, intense et habité, il retrouve ses racines. La nature dans sa toute puissance est son guide, son grimoire.  Ce magicien fait flèche de tout bois, de tout caillou ou de tout brin d’herbe pour enrichir de leur présence irremplaçable ses totems, ses sculptures et ses toiles… Ces cadeaux que lui fait son environnement, André Nouyrit les exalte  par le  jeu inouï de ses couleurs.  Leur chatoiement, leur affrontement sur la toile ou sur le fût des totems créent d’évidence l’émotion et la réflexion qui sont les deux colonnes de l’Art.

 Jacques Bouzerand.

 

 

                

 

L’observation est une trajectoire, un chemin vers la spiritualité, la contemplation, la rêverie. L’éblouissement des petits riens, brins d’herbe, petits cailloux, leur lumière m’inspire une douce et cruelle révélation.


Un noir enfin, puis un gris, du bleu, un ocre jaune sali, un signe rouge en déséquilibre,un petit vert émeraude suffisent à la révélation de mon évanouissement.


La tempête en moi égarée, plus légère qu’un bouchon, j’ai rêvé de verts, de rouges  mystérieux, dix jours, dix nuits selon la lenteur des caresses, un désir insondable me broie.


Un bleu foncé ondule d’angoisse en une pivoine rouge rêvée tombe ivre de son parfum.


La peinture meurt sans cesse et renaît. Elle descend dans son ombre, elle résiste, elle remet l’espace mystérieux au delà de ma capacité, je creuse et tresse des signes qui bousculent ma vision.


C’est une peinture mouvante. Je suis aveugle, je distingue tout en moi, des figures apparaissent, disparaissent, la peinture s’essouffle. Je suis dans le noir, je plonge dans l’irrationalité, mon univers réel.


La vie de la création est comme un secret dans l’étrangeté de l’espace. Je multiplie les ratures, les désordres apparents. La vraie pensée naît avec la matière peinte. C’est un drame dans l’espace qu’il faut inventer. Ce travail me donne des joies, de la tristesse, une alternance comme le jour et la nuit.

André Nouyrit